Gestion et pédagogie : deux univers à (ré)concilier

PAR GENEVIÈVE LIZÉE |

Une communication ouverte et transparente, un esprit de collaboration et un leadership participatif sont les fondements de mon style de gestion. L’équipe du Bureau de la pédagogie adhère à cette approche favorisant la conciliation et se développe en ce sens.

Les transformations sociales et technologiques actuelles ont des répercussions importantes sur le marché du travail et sur la définition des professions, ce qui impose des questionnements quant au type de formation à offrir et la façon de l’offrir. Elles amènent de nouvelles façons de concevoir le rapport au savoir et à l’apprentissage et de nouvelles attentes quant à la relation pédagogique qui peuvent modifier les dynamiques de classe et mener à une redéfinition des relations de travail au sein des établissements d’enseignement. 

Depuis mon arrivée en poste comme directrice adjointe des études, j’ai la préoccupation de soutenir et d’accompagner le personnel enseignant dans ce contexte de transformation, tout en allégeant les mécanismes liés aux exigences ministérielles et en rapprochant les différents intervenant.e.s. Dans chaque dossier pris en charge, le Bureau de la pédagogie tente de réconcilier les univers pédagogiques et administratifs et de participer au maintien d’un bon climat organisationnel.

Nos mandats

Avec mon équipe, j’assume une grande partie des responsabilités du collège qui touchent la qualité de la formation et les mesures d’encadrement et de suivi de la réussite. Ce mandat se traduit notamment par la mise à jour et le suivi de l’application des politiques encadrant les pratiques d’évaluation et le suivi des programmes. Bien qu’il semble plus administratif, cet aspect de notre travail constitue un point de convergence entre les obligations du collège, le développement de la pédagogie, le développement professionnel et le développement d’une culture de collaboration. Un deuxième mandat qui consiste à mettre en place des pratiques et des structures de travail favorisant l’approche-programme et la concertation entre les intervenant.e.s de la réussite.

Par l’actualisation des procédures et des mécanismes d’assurance-qualité, le Bureau de la pédagogie cherche à optimiser les retombées pédagogiques de démarches souvent perçues comme administratives, comme l’élaboration des règles de régie interne, la précision de balises dans des plan-cadres ou l’évaluation continue des programmes. Bien que ces démarches soient exigeantes, elles permettent de définir le climat de travail souhaité et la vision de la formation à laquelle contribue chaque membre d’une équipe.  

Bien que la réussite et la qualité de la formation reposent en grande partie sur la relation et sur les pratiques pédagogiques, il est de plus en plus clair que le climat organisationnel et le leadership pédagogique ont aussi un rôle important à jouer (1). C’est pourquoi avec mon équipe, je cherche aussi des pistes de solution du côté des modalités d’échange et de participation. Cela se traduit d’ailleurs par le soutien de communautés de pratique et de groupes de travail qui permettent de faire des avancées sur des thèmes comme l’utilisation pédagogique des TI, la CUA, l’éthique professionnelle ou l’aide à la réussite. Ces communautés de pratique sont aussi un lieu d’animation pédagogique et de développement professionnel important, ce qui constitue un autre mandat auquel l’équipe travaille en s’appuyant sur les recherches récentes en éducation. 

Les défis du quotidien

Parmi les défis rencontrés, un des plus importants pour moi est assurément le manque de temps. Les dossiers sont nombreux et souvent complexes. La volonté d’apporter des solutions concrètes à des problèmes ou d’améliorer des pratiques nécessite du temps de recherche, de réflexion et de rencontre, du temps qui se place difficilement dans les agendas chargés de chacun.e. Cela m’amène parfois à devoir adopter une posture de compromis par rapport à ce qui me semblerait être l’idéal.

Une autre difficulté à laquelle nous faisons face vient du fait que l’enseignement a longtemps été une profession individuelle, ce qui a donné lieu à « une culture d’isolement dans le travail enseignant » (2). L’isolement ou l’individualisme et la peur du jugement sont identifiés dans l’ouvrage de Portelance et ses collaborateurs comme deux des freins à la participation à des projets collectifs ou aux discussions sur les pratiques pédagogiques. Dans notre contexte, la perception de décalage entre les processus de conformité ou d’assurance-qualité et les activités ou relations pédagogiques peut évidemment les renforcer. Ainsi, bien que les actions de mon service se développent en complémentarité et en soutien aux enseignant.e.s, il y a des moments où je ressens une certaine méfiance ou parfois, une mise à distance de leur part. Il est important de créer des ponts et des occasions de rencontre pour mieux se comprendre. 

Il reste qu’au quotidien, j’ai la chance d’échanger avec des enseignant.e.s dynamiques et engagés et de collaborer avec des équipes de programme rigoureuses et mobilisés à la mise en œuvre de projets pédagogiques innovants. Pour maintenir cet élan, il est certain que le Bureau de la pédagogie continuera d’être partie prenante de la recherche de solutions pour concilier les responsabilités, les travaux et les conceptions de l’éducation présentes dans notre milieu. ■

Notes

1 – Des pistes pour accroître la persévérance et la réussite en enseignement supérieur. Dossier thématique du Consortium d’animation sur la persévérance et la réussite en enseignement supérieur (CAPRES)

2 – Portelance, L. et al. (2011). La collaboration dans le milieu de l’éducation. Presses de l’université du Québec, 246 p.