Aux problèmes collectifs, il nous faut des solutions… collectives!

PAR RACHEL SARRASIN* |

Petite histoire des États généraux au Cégep Gérald-Godin.

Au printemps 2016, au Cégep Gérald-Godin, la discussion qui a lieu annuellement entre la direction du cégep et le syndicat sur le projet de répartition des ressources à proposer pour l’année à venir s’est avérée plus conflictuelle qu’à l’habitude. Rien n’y faisait, la direction s’entêtait à imposer sa vision au détriment de la position des profs! Dans un contexte de sous-financement gouvernemental et de compressions budgétaires, la mésentente portait sur la distribution des ressources pour la coordination départementale et les différents projets institutionnels. Face à l’impasse, les membres de l’assemblée générale du syndicat des professeures et professeurs ont alors décidé d’opter pour une stratégie à double volet. D’abord, l’action comportait une tactique défensive basée sur le boycott de certaines activités pour la prochaine année, dont les projets de mobilité étudiante. Mais cela ne suffisait pas pour se sortir de ce climat de travail toxique; il fallait aussi une approche proactive… Les profs se sont donc donné le mandat d’organiser un vaste chantier de réflexion et d’échanges collectifs au cégep afin de trouver une approche durable pour mettre un terme au problème.

États généraux

Les États généraux GG se sont déroulés entre l’automne 2016 et le printemps 2017. Initié par le syndicat des profs, l’objectif était de faire de cette démarche un projet institutionnel qui allait rejoindre toute la communauté godinoise. L’exécutif syndical a profité d’un nouveau contexte à la rentrée marqué par un changement à la direction générale pour convaincre l’ensemble des secteurs du cégep de participer. Un événement de lancement en octobre a permis de donner le ton à la démarche, avec une conférence d’Alain Deneault venu discuter des modes de gouvernance institutionnelle avec quelques dizaines de professeures et de professeurs, les membres du comité de direction et des représentantes et représentants des autres syndicats du cégep et de l’association étudiante. Des comités de travail ont ensuite été formés sur le thème des différents objets en litige en lien avec l’allocation des ressources (coordination départementale et des stages; projets pédagogiques et de mobilité étudiante; aide à la réussite étudiante; aide aux étudiants et étudiants en situation de handicap – EESH -). Le travail consistait à brosser un état des lieux autour du thème de chacun de ces comités en impliquant les personnes interpellées sur ces sujets pour en arriver à la formulation de pistes de solutions à présenter sous forme de recommandations d’ici la fin de l’année. Chaque comité avait une autonomie de fonctionnement, se réunissant à une fréquence déterminée selon les besoins de ses membres et documentant son propre travail. L’exécutif syndical s’assurait de la coordination globale des comités et du respect de l’échéancier fixé. À terme, les différentes recommandations issues de la démarche ont été avalisées en assemblée générale des professeures et professeurs avant d’être colligées sous forme de rapport final des États généraux présenté à l’ensemble de la communauté du cégep lors d’un forum de clôture au printemps suivant.

Culture organisationnelle

La démarche des États généraux a ainsi permis une discussion collective sur les projets à prioriser au cégep, de même que sur les pratiques et critères devant orienter l’allocation des ressources. Avant même la conclusion de la démarche, le climat de travail s’était nettement amélioré, constituant en soi un succès important. Même si la discussion a dû se poursuivre sur certains sujets au-delà de la durée des États généraux, les recommandations issues de ce travail servent dorénavant de guide lors des échanges entre la direction du cégep et le syndicat. Le leg le plus fort de cette expérience demeure sans contredit l’esprit qui a animé la démarche et qui a permis de construire une culture organisationnelle valorisant la concertation et la délibération au cégep, basée sur les valeurs suivantes :

  • La justice et l’équité : la répartition des ressources est le résultat d’un processus juste pour tous les départements. Ainsi, le modèle de répartition prend en considération des données comparables et des mécanismes reconnus par la communauté ;
  • La transparence : afin de faire les comparaisons et les analyses qui s’imposent, les intervenantes et intervenants bénéficient d’une information juste et précise concernant les besoins de la communauté et les ressources disponibles ;
  • La collégialité : le processus de répartition des ressources maximise la concertation entre les intervenants et intervenantes lors des rencontres entre la direction et le syndicat, de même que l’autonomie collective des différentes parties impliquées ;
  • La reconnaissance : la répartition des ressources reconnaît et valorise le travail des professeures et des professeurs, sans égard à la discipline. Elle se fait également dans le respect des balises des fonctions des différentes catégories de personnel appelées à intervenir sur un sujet donné.

Travail de mémoire

Quelques années ont passé depuis la tenue des États généraux. Les personnes impliquées ont parfois changé de fonction et le cégep fait aujourd’hui face à de nouveaux défis… Le travail de mémoire de cette expérience demeure une responsabilité constante et un rappel sans cesse à renouveler pour ne pas que se perdent les retombées de cet immense chantier qui a mobilisé temps et énergie pour la communauté. Somme toute, il s’agit de maintenir la mise en place de pratiques qui permettent la participation active des personnes concernées par une situation donnée et d’éduquer à la conviction que les solutions collectives sont celles qui portent le plus de potentiel pour s’inscrire dans la durée. ■

* Professeure de science politique au Cégep Gérald-Godin