Fragilités en filigrane

| PAR L’ÉQUIPE DE RÉDACTION

Il y a un décalage, souvent étonnant, entre notre compréhension des problèmes et l’application de solutions concrètes pour les résoudre. Ce décalage est parfois si grand qu’il peut sembler paradoxal.

Ainsi, par exemple, nous savons que la culture d’entreprise, lorsqu’elle se limite à des exigences d’efficacité et de compétitivité, crée une grande pression sur les individus qui la composent et nuit à leur bien-être, ce qui finit par les rendre moins efficaces et compétitifs. Nous le savons bien (voir à ce propos le texte de Grégoire Bédard, p. 6), mais nous n’arrivons pas souvent à éviter ce paradoxe de la performance.

L’équilibre est toujours menacé, car pour mener à bien toute « entreprise », qu’elle soit économique, sociale ou artistique, un bon dosage d’initiatives et de développements constants doit être lié à un principe de simplicité et d’épuration, autrement c’est l’éparpillement assuré. Deux exemples de projet en équilibre, qui ont su se réinventer au gré des circonstances tout en restant essentiellement eux-mêmes, entre constance et souplesse, vous sont présentés dans ce numéro : celui du programme de danse du Cégep de Drummondville, qui fêtera bientôt ses 30 ans d’existence (voir le texte d’Annie Yergeau, p. 2) et celui d’Isabelle Dumais, enseignante en arts visuels, artiste peintre et poète, qui vient tout juste de publier son troisième recueil de poésie (voir l’entrevue que Roxane Doré a réalisé avec elle, p. 10).

Avec l’accessibilité quasi-totale à l’information rendue possible par l’Internet, on aurait cru voir progresser l’autonomie des gens et leur capacité à s’orienter dans le monde. On aurait cru que les jeunes milléniaux, par exemple, qu’on accuse d’être scotchés à leurs écrans, se passeraient volontiers des services qui dépendent de contacts réels, comme les services d’orientation et de psychologie, mais on constate que leur besoin d’être accompagnés et de parler de leur réalité à des personnes bien réelles est demeuré intact (voir à ce propos les textes de Chantal Shank, p. 4, et de Dominic Fontaine-Lasnier, p. 5).

Par souci du bien-être des gens, on ne peut pas toujours être efficace. Du moins, pas dans son sens le plus pauvre. Valeur adorée de l’ère industrielle, l’efficacité ne peut être fondée, pour durer, que sur le bien-être des gens. Car nous sommes tous fragiles : nous nous faisons et défaisons au contact des autres. Il faut donc rester ouvert et attentif à ce qui se trame devant nous, pas seulement en classe, mais le réel de nos vies d’enseignant.es, beaucoup plus large, qui déborde souvent dans les corridors (voir à ce propos le texte de Roxane Doré, p. 12) ou dans la communauté – et qui n’a de sens que pour elle. ■