Enseigner la danse

| PAR ANNIE YERGEAU

Le programme de danse du Cégep de Drummondville aura bientôt 30 ans. Dans le cadre de cette nouvelle rubrique de Panorama21, faisons un tour d’horizon de l’un des programmes les plus dynamiques du collège.

Un programme unique

Le programme de danse du Cégep de Drummondville a été fondé par Mme Jocelyne Houle Lefebvre en 1990.  Il a débuté très modestement avec une quinzaine d’élèves. En ce moment, environ 70 étudiant.es qui proviennent de partout au Québec y sont inscrits. Il s’agit d’un programme unique dans la province; c’est le seul dans lequel on travaille les trois styles majeurs de danse, soit le ballet classique, le jazz moderne et le contemporain. On retrouve également au sein du programme plusieurs cours de création, d’anatomie, d’histoire de la danse, d’interprétation et de nutrition. Le programme de danse étant préuniversitaire, il ouvre non seulement la porte à des études supérieures en danse, mais aussi à une panoplie d’autres carrières, qu’elles soient reliées au profil artistique des étudiant.es ou non. Les doubles formations leur permettent aussi d’avoir accès à de nombreux autres programmes d’études universitaires une fois diplômé.es du collégial. 

Le domaine de l’enseignement de la danse au Québec évolue considérablement depuis un bon moment. À l’ère de l’instantanéité, où les étudiant.es peuvent obtenir rapidement ce qu’ils désirent en un seul clic, il est difficile de leur enseigner un art qui nécessite de la persévérance et plusieurs répétitions d’un même exercice dans le but d’acquérir une compétence. Dans ce nouveau contexte, comment motiver les étudiant.es, comment les garder intéressé.es tout en respectant notre mission éducative? C’est une question que se posent régulièrement les enseignantes. 

Compétitions et enseignement

Qui plus est, les compétitions sont très à la mode dans le domaine de la danse; elles sont même devenues quasi incontournables. En effet, dans les écoles dites de loisirs, en plus des cours et du spectacle de fin d’année à préparer, il y a désormais les deux ou trois compétitions auxquelles les élèves doivent participer. En tant que pédagogues de la danse, on peut certes se réjouir de l’occasion unique de présenter le travail de ses étudiants lors de ces importantes rencontres de la danse. On peut se réjouir aussi que plusieurs grandes compétitions télédiffusées à des heures de grande écoute contribuent à placer cet art, considéré souvent comme hermétique, au goût du jour. Mais cette nouvelle tendance fragilise aussi le domaine de la danse, car elle affecte souvent la qualité de son enseignement. 

En effet, toutes les heures investies dans la préparation des compétitions se font malheureusement souvent au détriment de l’enseignement de la technique et cela diminue, de ce fait, le niveau académique que les danseurs pourraient atteindre au cours de la même période. Le défi demeure donc, pour une institution d’enseignement supérieur en danse, d’intéresser les jeunes à la technique de cet art tout en considérant la nouvelle réalité dans laquelle ils évoluent désormais. 

De plus, ce qui nous semble étrange, c’est qu’en étant ainsi présentée et popularisée sous forme de compétition, la danse se voit attribuer le même traitement réservé aux sports tels que le patinage artistique. On compare les pièces chorégraphiques, on les note et on remet des prix. Pourtant, la danse, dans sa définition même, dans son essence, est un art d’interprétation destiné à être présenté sous la forme de spectacles… 

Les défis éducatifs

Conscientes de tous ces changements, les enseignantes ont beaucoup réfléchi à travers les années afin de trouver des solutions alternatives pour répondre aux attentes des étudiant.es tout en demeurant intègres à leurs valeurs éducatives. Afin de développer une certaine logique dans la formation des jeunes danseurs et danseuses de la région et d’assurer une certaine continuité jusqu’au niveau collégial, nous avons d’abord misé sur la création d’un réseau solide au sein duquel l’enseignement de la technique de la danse demeure une priorité. 

C’est la raison pour laquelle Compagnie Danse en Équilibre a vu le jour en 2001. Cet organisme à but non lucratif a pour objectif premier le développement de la danse dans la région du Centre du Québec. Il regroupe une équipe de 20 enseignant.es travaillant activement au sein de 3 programmes de danse (Programme de danse du Cégep de Drummondville, Concentration Danse de l’École Jean-Raimbault et Programme de danse du Collège St-Bernard), 2 écoles de loisirs (École Formation Danse et École Invivo) et une compagnie étudiante de niveau collégial. 

Également un organisme à but non lucratif, l’École Formation Danse a été fondée en 1991 par Madame Maryse Blanchette, actuelle coordonnatrice du programme de danse. Cette école de relève, installée dans les murs du Cégep, a toujours été étroitement liée au programme de danse; les jeunes danseurs et danseuses ont d’ailleurs souvent partagé la scène avec les étudiant.es du collégial lors de certains spectacles. 

Quant à la Concentration Danse de l’École Jean-Raimbault, elle a été créée en 1999 afin de respecter la même logique de continuité. Orchestrée, entre autres, par Madame Blanchette, cette rare collaboration entre un programme collégial et un programme du secondaire en danse perdure depuis lors. Résultat? Plus de 50% des étudiant.es qui s’inscrivent au programme de danse du Cégep proviennent de l’École Formation Danse, de la Concentration Danse de l’École Jean-Raimbault ou des deux! 

Dans le même souci de rehausser le niveau technique de la danse dans la région, les professeures du programme ont mis sur pied une AEC en enseignement de la danse au début des années 2000. Cette formation intensive de 375 heures est axée directement sur la pédagogie de cet art et contribue à promouvoir un enseignement de la danse sécuritaire et de qualité. 

Tout récemment, une nouvelle ramification au programme de danse a vu le jour, reliant à Compagnie Danse en Équilibre les écoles primaires, soit le seul maillon qui manquait à la chaîne. Nommée Compagnie Danse en Équilibre…la relève, ce nouveau projet est plus spécifiquement relié à l’AEC en enseignement de la danse, car ce sont les étudiants de l’AEC qui dispensent les cours lors de leur stage obligatoire. Il permet ainsi à des élèves du primaire de prendre des cours de danse en parascolaire dans la région de Drummondville. 

Un réseau étendu

D’une façon plus élargie, notre réseau s’étend même jusqu’à Toronto, puisque le programme de danse est affilié depuis 15 ans à l’École Nationale de Ballet du Canada, plus grande institution de danse au pays et école de renommée internationale. Le Projet Entrechat constitue une formation annuelle gratuite d’une journée qui a lieu ici même au Cégep chaque automne. Offerte aux professeurs de danse de partout au Québec, cette formation unique dans la province est donnée par des enseignant,es chevronné.es de l’École Nationale de Ballet. Avec ce partenariat, nos étudiants ont la chance de participer à un voyage à Toronto tous les deux ans et de suivre des classes à cette prestigieuse école. 

Parmi les autres solutions envisagées, il y a eu la mise sur pied d’un Bootcamp de danse. Cet événement, dont la première édition s’est tenue en novembre dernier, inclut formation, fête, vedettes de la danse actuelles et challenge chorégraphique. L’idée était de rassembler les passionné.es de la danse pendant deux jours de façon très conviviale : à titre d’exemple, les jeunes danseurs et danseuses devaient eux-mêmes voter pour leur coup de cœur lors du challenge chorégraphique. Les danseurs du très populaire groupe MARVL étaient au rendez-vous et l’événement, qui a connu un vif succès auprès des jeunes participant.es, soit les élèves des programmes de danse du secondaire et des écoles de danse du Québec, sera reconduit l’an prochain.

Un projet de collaboration

Finalement, il y a eu récemment la création, en collaboration avec le département de musique du Cégep, de Productions Artscène. Ensemble, nous avons imaginé une structure unique dans le réseau collégial, du moins à notre connaissance, dont le but est de réaliser des productions conjointes entre danseurs et musiciens. En offrant ainsi à nos étudiants un contexte encore plus proche de la réalité de ceux et celles qui font carrière en danse, certains projets incluant même une rémunération des étudiant.es, nous répondons à leur désir de se produire souvent sur scène tout en étant très avant-gardistes. 

À travers l’élaboration de ce nouveau concept, nous continuons évidemment de prôner l’enseignement de la technique et d’exiger la qualité en danse. Nous ne perdons pas de vue nos objectifs pédagogiques; au contraire, nous les optimisons. En effet, il nous est toujours apparu très important que les étudiant.es du programme sortent des studios pour faire des prestations devant public le plus souvent possible puisque la danse est, avant tout, un art d’interprétation. 

Un programme à maturité et toujours jeune

Bref, de nombreux liens importants ont été tissés entre le programme de danse et différents organismes. Cette cohésion a grandement facilité sa constante évolution. Même si cela constitue un défi de taille, considérant les changements chez les jeunes et ceux du domaine de la danse en général, garder le programme de danse actuel et avant-gardiste demeure une priorité absolue pour les enseignantes qui y travaillent. 

La pratique réflexive est indispensable, de même que la création de projets stimulants et novateurs. À l’aube du 30e anniversaire du programme de danse, l’équipe qui y travaille se donne pour véritable mission d’encourager un entraînement en danse rigoureux et de qualité, tout en gardant élevé l’indice de bonheur des étudiants. ■