L’éthique professionnelle : pourquoi, pour qui, comment ?

PAR ROXANE DORÉ |

L’éthique professionnelle se déploie en un continuum du disciplinaire à l’autonomisation. Chaque établissement d’enseignement s’y positionne par les moyens qu’il met en place pour l’encourager.

Le contexte récent des dénonciations de situations de violences sexuelles et des réflexions sur la création d’un ordre professionnel des enseignants (Gohier, C., 2015) place l’éthique professionnelle des enseignant.e.s au cœur de l’actualité. Le moment semble donc bien choisi pour tenter de cerner l’implicite et les retombées potentielles des différents types de mesures qui peuvent la soutenir. 

Le code déontologique

Même lorsqu’il est conçu dans l’intention d’énoncer des attentes ou de guider des personnes dans l’adoption de conduites éthiques, le code déontologique s’inscrit – au moins symboliquement – dans un rapport disciplinaire ou de contrôle. Bien qu’il offre certains avantages sur le plan de la gestion de comportements répréhensibles, le code déontologique contribue très peu à la création d’une culture éthique au sein d’un établissement. Il « indique des obligations, mais se révèle incapable d’amener les personnes à les actualiser systématiquement dans leurs actions particulières et complexes [puisqu’elle] limite la portée du jugement professionnel des enseignants, leur évaluation dans l’action et sur l’action » (1). Cela s’explique par le fait que le sens des normes prescrites n’est pas immédiatement accessible. Un autre moyen que le code lui-même doit mobiliser la réflexion pour les rendre visibles. 

Le cadre de référence

Dans le domaine de l’enseignement, les recommandations du Comité d’orientation de la formation du personnel enseignant (COFPE) pointent davantage vers la création de cadres de référence éthiques présentant des balises liées aux valeurs de la profession enseignante, aux obligations, aux responsabilités et normes à respecter de même qu’aux compétences professionnelles à démontrer. Selon le COPFE, l’utilisation d’un cadre de référence éthique permettrait de « renforcer l’image de la profession et de l’identité personnelle» (2). Résultant d’une réflexion collective et volontaire, il favorise l’adhésion à une mission commune, à des valeurs partagées et renforce le sentiment d’appartenance à un collectif […] » (3) en plus de témoigner de la reconnaissance de la capacité des enseignant.e.s à identifier les comportements souhaitables et idéaux de leur profession. Ainsi, cet outil semble plus à même de représenter l’ensemble des préoccupations éthiques des enseignant.e.s, qu’elles soient liées au rapport aux étudiants (finalités de l’enseignement, impact d’une décision sur autrui, équité et justice), au rapport aux collègues et à l’enseignement lui-même (influence, position d’autorité, maintien de l’expertise, utilisation des TI). 

L’intérêt du cadre de référence éthique relève en grande partie du caractère collectif et réflexif de son processus d’élaboration. Au-delà de cette phase, il reste un document normatif pouvant servir de guide ou d’appui à la résolution d’un questionnement éthique. Or, pour être en mesure d’adopter un comportement éthique, une personne doit surtout être capable de faire une lecture juste et objective d’une situation, de considérer les points de vue des différents acteurs impliqués et d’évaluer les préjudices possibles. Cela se complique quand il ne s’agit plus de savoir s’il faut être juste, mais de déterminer ce qui est juste dans un contexte particulier ou si la justice doit avoir préséance sur la compassion, par exemple. En somme, une personne peut se conformer parfaitement aux règles et adhérer pleinement aux valeurs de la profession sans arriver à solutionner des questionnements éthiques précis. Ces questionnements  peuvent devenir source d’inconfort, de stress ou de conflits. 

Le groupe de réflexion et de délibération

Au cours des sept dernières années, le groupe de recherche de Christiane Gohier (Université du Québec à Montréal), France Jutras (Université de Sherbrooke) et Luc Desautels (Cégep régional de Lanaudière à l’Assomption) s’est intéressé aux conceptions et aux préoccupations éthiques des enseignant.e.s de l’ordre collégial de même qu’aux stratégies pour les traiter. 

Après nombre de démarches de recherche et de collecte de données, ils concluent que « le développement de l’éthique professionnelle ne se réalise pas seulement par la lecture et l’étude de théories sur le sujet, mais aussi par les possibilités de faire des réflexions personnelles encadrées ainsi que des analyses et des échanges avec des groupes de pairs» (4). Dans une partie de L’éthique professionnelle en enseignement supérieur : orientations et cas typiques consacrée au « développement professionnel continu par rapport à l’éthique », ils proposent plusieurs ateliers de réflexion comportant des segments individuels et des segments de groupe ainsi qu’un modèle de délibération éthique pour des groupes d’enseignant.e.s. Bien qu’ils ne nient pas l’importance pour l’organisation de se doter de normes, ils insistent sur le fait que « le dialogue et la délibération constituent des moyens puissants » (5) quand vient le temps de développer l’éthique professionnelle d’un groupe d’enseignant.e.s. Leur approche vient compléter la dimension normative de l’éthique en misant sur les capacités des personnes et sur l’entraide en contexte de résolution de problèmes.

Une position sur le continuum éthique

Chaque acteur d’un milieu peut contribuer à informer les moyens pour y développer l’éthique professionnelle. À l’hiver 2017, sept enseignant.e.s du Cégep de Drummondville ont créé un groupe de réflexion éthique sur l’acte d’enseigner. Avec le soutien du Bureau de la pédagogie et du Service des ressources humaines, le groupe a pu bénéficier de l’accompagnement de monsieur Luc Desautels pour se familiariser avec les tâches inhérentes à la délibération éthique. À l’heure actuelle, il prépare des ateliers à l’intention des équipes départementales ou des personnes intéressées par la réflexion éthique. Ils souhaitent ainsi soutenir leurs pairs et influencer la  position du Cégep de Drummondville sur le continuum de l’éthique professionnelle. ■

Références

1 – Ministère de l’éducation. (2014). Pour une éthique partagée dans la profession enseignante : avis du Comité d’orientation de la formation du personnel enseignant du Québec.

2 – Ibid.

3 – Ibid.

4 – GOHIER, Christiane et al. (2017). L’éthique professionnelle en enseignement supérieur : orientations et cas typiques, p. 228-229

5 – Ibid., p. 228.