Changer les choses

PAR L’ÉQUIPE DE RÉDACTION |

Changer les choses n’est jamais facile. La plupart du temps, on a même l’impression que c’est impossible.

Et de ce sentiment d’échec-là naissent plusieurs attitudes, allant du pessimisme le plus résigné (non, rien ne va changer) à l’optimisme le plus béat (tout va aller pour le mieux). Pourtant, les choses changent, on le constate a posteriori : si vous comparez deux siècles, vous le percevez. Il suffit parfois de comparer deux décennies. Il y a des révolutions : d’un jour à l’autre, les choses basculent et ne sont plus jamais les mêmes. C’est ce qui s’est produit ici dans les années 1960 et qu’on a désigné par l’oxymore inusité de « Révolution tranquille ». Les cégeps en sont nés. Il faut s’en souvenir. Un esprit utopique animait ceux et celles (oui, deux religieuses faisaient partie de la Commission Parent) qui ont pensé les cégeps : regrouper la formation technique et la formation générale semblaient irréaliste, voire impensable. Car il fallait d’abord refuser l’état de choses actuel, ce qui ne représente jamais la voie facile. Il fallait dire « non » au monde tel qu’il était pour en affirmer un autre : celui où la transmission de la vie de l’esprit, qui se faisait surtout par la formation générale, ne serait plus réservée à une élite. On était conscient déjà, surtout depuis la fin de la 2e Guerre mondiale, des dangers auxquels livrait une éducation calquée sur les seules exigences de l’efficacité pratique (vous pourrez lire à ce sujet le texte de Sophie Maunier intitulé « La crise de l’éducation ? », p. 2). On s’apercevait avec stupéfaction que ce qu’il y a de beau et de grand dans l’humanité n’est pas inné, qu’il fallait le transmettre et de toute urgence.

Nous voici à l’aube d’une nouvelle révolution : une révolution environnementale. Il semble impensable de franchir le pas. Et pourtant ! Ce n’est pas impossible (c’est entre autres ce que nous rappelle Étienne Beaulieu dans l’entrevue qu’il nous a accordée, p. 3-5). Il serait nuisible de nier les faits accablants (voir à ce sujet le texte de Grégoire Bédard, p. 8) en pratiquant une forme de « pensée positive » bien à la mode et bien commune, mais qui risque de nous rendre encore plus anxieux devant l’ampleur de la situation (comme le montre le deuxième texte de Sophie Maunier, p. 6). Il est temps que chaque individu, chaque petit groupe d’individus, à très courte échelle, prennent les choses en mains et assument ses responsabilités et ses devoirs éthiques (voir à ce propos le texte de Roxane Doré, p. 7). Car il n’y a pas toujours de règles pour encadrer le changement, il faut souvent en inventer de nouvelles. En tout cas, il ne faut plus l’éviter : notre destin dépend de notre courage devant les défis qui nous attendent. Bonne lecture ! ■