S’émerveiller

Vhils

par ANNE BUSSIÈRES GALLAGHER |

Notre époque est caractérisée par la fin des idéologies, par la fin des grands discours… par la fin de l’Histoire. Quelle place l’éducation et l’enseignement trouvent-ils dans cette ère, avouons-le, plutôt cynique?

L’acte d’enseigner exige une grande capacité d’adaptation. À tous les jours, nous côtoyons des êtres humains en mouvement. Et non seulement se distinguent-ils les uns des autres par leur tempérament, leurs valeurs et leur réalité, mais leur présence dans nos vies est-elle appelée à changer à tous les trimestres. Tout est en mouvement, donc.

Ce que je constate de plus en plus est que l’empreinte laissée par nos cours chez les élèves est le plaisir qu’ils ont à y participer. J’entends ici par plaisir le fait de rendre signifiantes pour eux les connaissances qu’ils acquièrent et la fierté qu’ils retirent de relever les défis que nous leur proposons à toutes les semaines.

Il me paraît donc primordial de me servir du temps dont j’ai la chance de disposer pendant 15 semaines pour entretenir ce plaisir. Alors que ma discipline, la littérature, pourrait ne se résumer qu’à l’enseignement de ce qu’il y a de pire chez l’homme — et chez la femme! — par le portrait que de nombreux auteurs en ont fait (1), je considère qu’il est essentiel de partager à mes élèves les réponses à l’apathie, à l’injustice, à l’ignorance ou à l’intolérance qu’ont décrites les artistes au fil des siècles.

Prendre conscience de la tolérance présente dans de nombreuses oeuvres littéraires ne peut qu’avoir des retombées positives, autant pour nos élèves que pour nous (2). L’enseignement peut ainsi devenir une façon de résister au pessimisme ambiant.

Et de voir chez les étudiants et les étudiantes autant d’ouverture à la différence, de constater leur cheminement dans la connaissance de l’être humain et de l’Histoire grâce à la littérature m’émerveille.

Notre métier est difficile. Mais je crois qu’enseigner l’espoir nous permet de cultiver ce qui nous rend meilleurs en tant qu’enseignants et en tant qu’individus : l’empathie, la résilience et l’humilité. ■

1 – Dans l’essai Professeur de désespoir, Nancy Huston déplore la grande place qu’occupent les auteurs nihilistes dans le champ littéraire, tels Schopenhauer, Beckett, Cioran, Kundera ou Houellebecq.

2 –  Bruno Lemieux, enseignant de littérature au Cégep de Sherbrooke, a réfléchi à la littérature comme lieu d’apprentissage d’une communication empathique. http://correspo.ccdmd.qc.ca/index.php/document/tentative-de-rehabilitation-du-lieu-commun/lecture-et-empathie-la-litterature-au-coeur-de-la-relation-soignant-soigne/