La formation d’un étudiant-athlète

par PATRICE MARCOUX |

Le sport a toujours fait l’objet de passion. Que l’on pense uniquement au soccer qui est placé au statut de religion dans certains pays ou aux fans invétérés du Canadiens de Montréal on remarque une chose : le sport, que l’on aime ou que l’on déteste, ne laisse personne indifférent. 

Comme consommateur de sport de salon, on a souvent tendance à juger rapidement les athlètes sur la performance ou sur les résultats sur le terrain. En fait, l’erreur est qu’on applique souvent le même raisonnement avec nos athlètes amateurs, qui eux, ne sont pas rémunérés et doivent bien souvent travailler pour assumer les coûts de leur participation sportive. Tout comme l’iceberg, la partie qui émerge et que l’on observe, est uniquement une infime portion de tout le travail à abattre avant de se rapprocher des objectifs de résultats que peut se donner un athlète.  Mon but avec ce cours texte n’est nullement de prendre les étudiants-athlètes en pitié ou d’en faire des héros, mais je vais tenter de mieux définir l’implication demandée aux sportifs de niveau collégial et ainsi dissiper certains mythes reliés à la pratique sportive des étudiants-athlètes.

Le rapport au temps 

Le sport est totalement en décalage par rapport au mythe du résultat rapide et sans effort qui prévaut dans la société, mythe particulièrement bien entretenu par les ab-king-pro de ce monde. En effet, la recherche sur le développement à long terme de l’athlète estime à 10 000 le nombre d’heures requis pour former un athlète de niveau d’expert. Le fait que 70% à 90% de ce temps soit investi dans l’entraînement pour une performance en compétition et non dans la performance en soi accentue ce décalage. Les entraîneurs doivent donc s’adapter afin d’amener leurs athlètes à se fixer des objectifs à court terme pour qu’ils puissent savourer chacune de leurs réussites personnelles et ainsi parvenir à maintenir un haut degré de motivation. L’approche de l’entrainement est très importante, le joueur ne doit pas le voir comme un sacrifice, mais comme un processus, auquel il doit adhérer s’il désire s’améliorer. Dans l’entraînement, comme dans la vie, la perception de ce que l’on fait influence beaucoup nos actions et notre motivation. Ainsi, les athlètes doivent apprendre à reconnaitre la valeur du processus, développer leur patience, gérer leurs attentes et alimenter leur propre motivation.

Dès leur arrivée dans l’environnement collégial, les élèves-athlètes doivent aussi développer leur capacité à gérer leur temps, notamment en combinant les contraintes de l’horaire de cours et de l’horaire d’entrainement. À titre d’exemple, les joueurs de l’équipe de football doivent combiner 15 à 20 heures de cours et 8 à 10 h d’activités rattachées à leur sport et les heures de travail rémunéré. 75 % des joueurs de l’équipe de football ont un emploi rémunéré auquel ils consacrent 15 à 25 heures par semaine. On parle donc d’une moyenne de 38 à 55 heures d’activités à placer dans l’horaire sans compter les heures à consacrer aux travaux et aux devoirs.

Voici ce à quoi peut ressembler l’horaire d’une journée de la période hors saison :

5h55 : déjeuner (faible en gras, riche en glucides et hydratation adéquate)

6h40 : musculation et cardio en gymnase en intervalles

8h45 : période de suivi académique et étude

10h00 : analyse vidéo de la pratique du mercredi soir

12h00 à 14h00 : travaux d’équipe et implication avec les collègues

14h00 à 17h00 : classe

17h00 à 21h00 : temps libre ou emploi étudiant

21h00 : étude et sommeil

Bref, ceux qui choisissent de faire partie d’une équipe de sport inter collégial ne choisissent pas la facilité. S’il leur arrive d’être tentés de tourner les coins ronds, ils sont rapidement rappelés à l’ordre. Durant la période hors-saison, chaque joueur doit faire trois musculations, un entraînement en agilité et course spécifique au football et une période de suivi académique, par semaine. Celui qui ne respecte pas les différents entraînements ou n’est pas présent en classe reçoit des avertissements pouvant mener au retrait de la pratique sportive.

Engagement scolaire, sportif et communautaire

Les équipes sportives des Voltigeurs mettent l’accent sur trois priorités : l’engagement de l’athlète dans sa discipline sportive, un engagement académique dans son programme d’étude et un engagement communautaire à l’extérieur des murs du cégep. L’engagement sportif s’exprime par une présence aux entraînements en saison et hors saison. Par l’adoption d’une attitude positive et respectueuse en jeu, comme en salle de classe. On sait que la motivation que le sport peut apporter a un impact positif sur toutes les sphères qui entourent le jeune. L’engagement académique est essentiel, car un athlète qui ne réussit pas 8 cours/ année ne peut pas être éligible pour jouer dans une ligue RSEQ (réseau du sport étudiant) l’année suivante. Les joueurs sont rencontrés par une API, des périodes d’études et de suivis sont organisées et l’on tente d’aider les athlètes à mieux s’orienter pour choisir un programme d’étude qui va refléter leurs intérêts. La présence en classe est primordiale pour la réussite et plusieurs entraîneurs en font un suivi très serré. Quand tout le monde se concerte, que de l’entraîneur à l’enseignant, on a les mêmes objectifs et qu’on adhère aux mêmes valeurs de respect et d’engagement, habituellement, on obtient de très bons résultats : la réussite des joueurs de football étant passée de 62% en hiver 2016 à 74 % à l’automne 2018. (Nombre de cours réussis/nombre de cours inscrits). Les Voltigeurs valorisent également l’engagement des joueurs dans la communauté. Cet engagement se manifeste notamment par leur participation aux activités de Nez rouge ou aux collectes de fonds du Club Richelieu et à d’autres activités caritatives selon leur champ d’intérêt.

En conclusion, la participation à des compétitions, la planification et la gestion du temps et des nombreux entraînements préparent le jeune en développement à mieux gérer des maux de société comme le stress et l’anxiété. Dans le sport, on vit la défaite, on vit la victoire et tout ce qui peut venir avec. On apprend à communiquer, on apprend à s’exprimer sous la forme d’un coup de pied au soccer ou d’un plaqué en football. Assurément, on se créer une identité.  La naissance de plusieurs leaders de demain passe par un catalyseur et si le sport en est un, il faut tout faire pour encourager le dépassement de nos athlètes et leur permettre de représenter leur cégep avec passion. ■