Éloge de la jeunesse

Vhils

par DOMINIC FONTAINE-LASNIER |

Robert Lepage disait à propos du théâtre que lorsqu’on veut s’adresser à la culture des gens, on est toujours déçu, mais quand on s’adresse à leur intelligence, le courant passe et les gens comprennent le message, aussi nuancé soit-il. Cela s’applique également à nous, en tant qu’enseignant.e.s : nos étudiant.e.s manqueront toujours de culture, mais ils ne manqueront jamais d’intelligence. 

Revenir à l’intelligence, inventer de nouvelles formules pour rendre à nouveau sensible de vieux concepts, présupposer moins de connaissances chez nos étudiant.e.s, dès la rentrée, moins d’aptitudes déjà acquises, pour les amener, peu à peu, à la culture (générale ou spécifique) : voilà non seulement le sens de notre démarche, mais aussi notre plus grande responsabilité en même temps qu’un immense privilège.

Car c’est effectivement une chance incroyable, pas seulement pour les jeunes que de plus vieux profs initient à la culture, mais pour les profs eux-mêmes, qui côtoient toute leur carrière l’esprit de la jeunesse et l’ensemble de ses vertus. Pierre Langis, professeur de psychologie au Cégep, l’avait souligné, il y a quelques années, à la veille de sa retraite : nous avons la chance de vieillir en compagnie d’étudiant.e.s qui ne vieillissent jamais. Ils auront toujours 17-19 ans, un âge effervescent, plein de vitalité, où l’anxiété ressentie n’enlève pas l’impression que tout est encore possible. Il y a de l’ouverture à cet âge, il y a du rêve et de l’audace. Et c’est peut-être ce qui est le plus stimulant pour les profs que nous sommes, puisque nous avons l’occasion, en les côtoyant, de conserver quelque chose de cette mentalité qui autrement et trop souvent s’effrite, dans le vieillissement de nos idées et de nos vies, de plus en plus repliées, de plus en plus fermées.

Oui, il faut bien le reconnaître, c’est une véritable chance que les vieux côtoient la jeunesse toujours nouvelle, toujours inculte mais toujours aussi ouverte et intelligente, car ainsi le monde peut résister à la fermeture qui le guette, à cette fermeture qui est le contraire de la vie et qui survient quand la culture n’est plus que lettre morte.

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Place maintenant à la parole des étudiant.e.s. Nous les avons interrogés sur leur avenir, sur ce qu’il y aura à régler, selon eux, dans le monde dont ils seront les héritiers. Voici un aperçu des enjeux sociaux qui les préoccupent en ce moment.

« Les produits transformés et les OGM ont fort probablement des effets néfastes sur notre santé et nous nous devons d’y porter davantage attention si nous tenons à notre longévité. »

Maxime, 19 ans

« Je pense que la diversité ethnique grandissante au Québec sera un défi majeur. Comment préserver notre intégrité culturelle tout en acceptant celle des nouveaux arrivants ? »

Corinne, 18 ans

« On nous demande constamment d’exceller dans toutes les sphères de notre vie et en particulier dans nos études. On nous dit toujours la même chose : penser à votre avenir, ayez une bonne côte R. Cependant, personne ne nous encourage à vivre le moment présent. Nous vivons dans un monde où le futur est toujours plus important que le présent. Ça finit par être lourd… »

Gabrielle, 17 ans

« J’ai peur un jour de m’apercevoir qu’il est bel et bien trop tard pour sauver notre belle planète. Que, malgré toutes les solutions existantes, nous nous reposions sur nos lauriers jusqu’à la dernière minute et que, par lâcheté, nous partions polluer d’autres planètes. »

Kelliane, 18 ans

« Il faudra bientôt nous concentrer sur des énergies moins polluantes et mettre de l’avant des actions écoresponsables pour l’avenir de notre planète. »

Charles-Antoine, 18 ans

« La délocalisation des gens proches de sources d’eau dû au niveau d’eau qui monte, constituera un enjeu majeur. »

Théoren, 17 ans

« La santé mentale. Les gens sont de plus en plus épuisés de leur vie, et on banalise leur malheur. »

Selena, 18 ans

« Accueillir des immigrants au Québec ? Aucun problème : comme la loi le spécifie, ils doivent maîtriser la langue française et passer un examen d’histoire. Cependant, il y a des manières d’éviter cette loi. Devrait-on être plus strict par rapport à l’accueil et à l’intégration des immigrants ? »

Andy, 18 ans

« J’ai bien peur que si on continue dans cette lancée, la plupart des gens ne pourront pas quitter leur travail ou vont tout simplement mourir au boulot. De plus en plus, il n’est pas rare de voir des gens travailler jusqu’à 70, même 80 ans… »

Anthony, 17 ans

« Je crois que la technologie va prendre le dessus sur les relations que nous, les humains, avons. Les emplois vont finir par être effectués par des machines ou robots autonomes sans défaut, donc la production sera à son meilleure. Je crois que le monde en général va devenir tellement automatisé que plus personne n’aura besoin de rien faire. Mais que ferons-nous pour nous désennuyer ? »

Dave, 17 ans

« L’anglicisation de nos milieux de travail. Je prends comme exemple mon domaine d’études, les technologies sonores. De plus en plus, les termes francophones sont soit carrément inexistants, ou très peu utilisés, si bien qu’ils sont souvent inconnus. Malheureusement, notre société québécoise s’anglicise et à moins qu’un effort collectif soit effectué, nous nous dirigeons dans un gouffre culturel sans fond. »

Jérôme, 18 ans

« L’homogénéité des idées est un problème qui prend de l’ampleur puisque le système d’éducation respecte une « recette » de base qui est dénuée de toute originalité et qui fait en sorte que tous se conforme à penser d’une même façon dans le seul but d’obtenir une meilleure note. Ceci au détriment de l’originalité, de la diversité et de la liberté des pensées.  Je crois donc qu’il est primordial de modifier notre système d’éducation pour faire en sorte que la libre pensée soit au moins aussi valorisée qu’un 85 %. »

Samuel, 17 ans   

« J’aimerais que l’on s’occupe des inégalités sociales. Depuis quelques années, l’écart se creuse entre les riches et les pauvres, et pendant ce temps, les ressources pour survivre diminuent. »

Anaëlle, 17 ans

« Le gouvernement devrait investir dans les installations publiques afin de venir en aide aux personnes déprimées ou dépressives. Cette aide pourrait peut-être régler plusieurs problèmes de criminalité. »

Roxanne, 18 ans

« Un enjeu social majeur de notre temps est le manque d’intérêt pour l’actualité et le monde de la politique. En préférant des courants populistes (Donald Trump, Marine Le Pen, etc.) au lieu de vouloir de vrais débats de société plus profonds, les citoyens se retrouvent avec des politiciens qui préfèrent les mesures extrêmes qui rejettent les gens marginalisés (LGBT, immigrants, femmes, etc.). »

Catherine, 19 ans