Quelle est la part du prof dans la réussite scolaire ?

par DOMINIC FONTAINE-LASNIER |

Les données probantes de la recherche en éducation peuvent nous aider, aujourd’hui, à évaluer quelle est la part du prof dans la réussite scolaire.

À cet égard, l’incontournable méta-étude de John Hattie, Visible Learning (2009), peut nous fournir des indications intéressantes. On parle ici d’une synthèse de 800 méta-analyses – qui résument elles-mêmes plus de 50 000 études individuelles et qui concernent environ 250 millions d’élèves âgés de 4 à 20 ans – qui examinent plus précisément 138 facteurs de réussite scolaire. On y apprend notamment que le style d’approche pédagogique (qu’elle soit traditionnelle ou non) ne semble pas faire beaucoup de différence dans la réussite scolaire, qu’en réalité, ce facteur de réussite (qui dépend du professeur) est trois fois moins important que l’environnement socioéconomique et familial de l’étudiant (qui ne dépend pas du professeur). On constate également que la gestion de classe (qui dépend du professeur et qui est un facteur non négligeable dans la réussite scolaire – il est deux fois plus important, par exemple, que le choix d’une approche pédagogique) n’est pas plus importante que le facteur de la motivation préalable de l’étudiant (ses ambitions de réussite scolaire, ses attentes et ses buts, qui dépendent peu du professeur). Plusieurs facteurs, évidemment, dépendent de l’enseignant : la rétroaction individualisée, la clarté des explications, sa passion pour la matière, la relation de confiance qui s’établit entre l’étudiant et lui, etc. Les facteurs exogènes (extérieurs à l’école) représentent tout de même une influence considérable et indiquent que la part du professeur dans la réussite scolaire reste limitée.

Cette interprétation semble d’ailleurs confirmée assez directement par l’une des rares études sur la réussite scolaire au cégep. Cette dernière a été menée par le sociologue Jacques Roy, qui était venu présenter ses résultats au Café Clovis lors d’une journée pédagogique en 2005. Jacques Roy mettait notamment en évidence l’influence des facteurs exogènes dans la réussite au cégep, facteurs sur lesquels, par définition, le professeur n’a pas de prise : la vie familiale de l’étudiant, sa vie sociale, amoureuse, amicale, au travail, etc., tout ce qui forme, en grande partie, sa motivation et ses aspirations.

Un exemple radical de réussite scolaire pointe également en ce sens. Il s’agit du programme Passeport pour ma réussite de l’organisme Toujours Ensemble (Verdun). Ce programme a ciblé en 2007 un secteur de Verdun qui affichait l’un des pires taux de décrochage au secondaire au Québec : 49,3 %. Des bénévoles et des conseillers formés ont pris en charge les jeunes de la première année du secondaire jusqu’à la dernière : ils leur ont offert du soutien personnalisé (rencontre des jeunes avec leurs parents, une fois par mois, pour les motiver et évaluer leurs besoins), social (une vingtaine d’heures par an d’activités parascolaires pour qu’ils se trouvent des champs d’intérêt : cuisine, sport, arts, jeux, initiations à la photo numérique, à la réparation de vélo, etc.), scolaire (aide aux devoirs chaque semaine) et financier (paiement des fournitures scolaires, aide alimentaire, bourses, etc.). En 2012, après cinq années de soutien, le taux de décrochage avait drastiquement chuté à 7 %, ce qui veut dire que 93 % des jeunes de ce secteur obtenaient alors un diplôme (DES ou DEP). Plusieurs hypothèses peuvent sans doute être élaborées à partir de la réussite de ce programme, mais l’une des plus évidentes, selon moi, est que l’ensemble du soutien offert par ce programme ciblait essentiellement des facteurs exogènes de la réussite scolaire (intérêts parascolaires, situation familiale, économique, etc.). D’ailleurs, il ne s’agissait pas d’un projet d’aide piloté par les professeurs à l’intérieur des structures de l’école. On a tenu pour acquis que les enseignants jouaient déjà bien le rôle qui leur était assigné : enseigner la matière, répondre aux questions, évaluer les élèves et tenter de leur donner confiance dans le processus d’apprentissage. Cela résume en quelque sorte la part du professeur dans la réussite scolaire. Cette part est indéniable, certes, mais elle est aussi indéniablement plus humble qu’on voudrait le croire.  ■