Comprendre et mettre en pratique

par JORDAN RAYMOND-ROBIDOUX |

Comment amener mes élèves à comprendre les idées abstraites? Devrais-je imposer de la pratique répétitive? Voici les réponses que Daniel T. Willingham offre dans Pourquoi les enfants n’aiment pas l’école!

Principe 4 : on apprend grâce à ce que l’on sait déjà

Pour apprendre quelque chose de nouveau, il faut pouvoir le relier à ce qu’on connaît déjà. C’est ce qui explique l’utilité pédagogique des analogies : si l’on veut expliquer la nature de la résistance électrique, la comparer à la résistance que l’eau rencontre dans un tuyau bloqué aide l’étudiant à comprendre. Cependant, la très grande majorité des choses que l’on connaît déjà sont concrètes, pas abstraites; il faut donc présenter aux étudiants des exemples concrets pour leur permettre d’apprendre.

Si un exemple aide, il ne suffit généralement pas. On le réalise lorsqu’on demande aux élèves d’appliquer à de nouvelles situations ce qu’ils viennent d’apprendre : ils se butent aux éléments superficiels du nouveau problème, mais ne réalisent pas que la structure est identique au précédent. Willingham distingue ainsi la connaissance superficielle qu’ils ont et la connaissance profonde qu’on souhaite qu’ils développent. 

Multiplier les cas concrets

C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Le seul moyen de faire acquérir une connaissance profonde est de multiplier les exemples et les exercices concrets; demander aux élèves de les comparer entre eux peut aussi être utile. À force de réfléchir à la même structure profonde cachée derrière les caractéristiques superficielles variées de plusieurs cas concrets, on en vient à la comprendre. 

Mettre l’accent sur la compréhension profonde

Il faut aussi envoyer le message que le cours exige des connaissances profondes de la part des élèves en s’assurant que les évaluations et les questions posées n’exigent pas seulement des connaissances superficielles. Tout le monde sait que, si c’est à l’examen, c’est important!

Il faut toutefois demeurer réaliste : la connaissance profonde exige beaucoup de temps et de pratique, et se construit sur la base de connaissances superficielles. Ces dernières ne sont donc pas mauvaises. Au contraire, elles sont un premier pas essentiel et valent bien mieux que rien. Restons humbles : notre travail est de faire progresser les élèves; ils deviendront des experts après 10 ans d’expérience. 

Principe 5 : pratique, pratique, pratique

À la lumière des principes précédents, ce cinquième n’est probablement pas surprenant : il faut que les élèves pratiquent à répétition pour apprendre ce qu’on leur enseigne. En attendant que la technologie permette de télécharger directement dans le cerveau l’art du kung-fu, la pratique à répétition demeure incontournable. 

Cela s’explique par le fait que la réflexion se fait dans ce qu’on appelle la mémoire de travail : essentiellement, c’est la capacité à garder en tête plusieurs informations simultanément. Elle est très limitée et, contrairement à ce que voudraient faire croire les compagnies vendant des jeux d’exercices mentaux, on ne peut pas vraiment l’améliorer. C’est pourquoi on est habituellement capable de calculer mentalement 8 x 18, mais pas 1383 x 4289. Les opérations sont exactement les mêmes, mais on manque d’espace dans la mémoire de travail. 

En mémorisant des informations et des procédures, on les rend automatiques, ce qui fait qu’elles n’occupent virtuellement plus d’espace dans la mémoire de travail. La pratique répétitive est donc le seul moyen d’y arriver. Ainsi, bien qu’on ne puisse pas augmenter l’espace disponible dans la mémoire de travail, il est possible de libérer de l’espace en créant des automatismes, et on peut donc se servir de l’espace disponible pour pratiquer quelque chose de nouveau. Par exemple, un enfant qui apprend à lire consacre toute sa mémoire de travail à décoder chacun des mots, et il n’y a plus d’espace pour comprendre le sens du texte. Une fois la lecture devenue automatique, ce n’est plus un problème. 

La pratique répétitive exige cependant beaucoup de temps et est souvent ennuyeuse. S’il ne voit pas comment éliminer ces problèmes, Willingham propose quelques trucs pour les amoindrir. 

Pratiquer les bases

D’abord, comme le temps est limité, il faut se demander : « que doit-on savoir sur le bout des doigts dans le cours? » et consacrer la pratique à cela. Généralement, ce seront les informations de base nécessaires pour acquérir les compétences du cours, qui sont aussi probablement des préalables aux cours suivants. 

Pratiquer moins longtemps, mais plus souvent

L’avantage d’espacer les périodes de pratique est double : d’une part, l’ennui sera moindre si l’on répète le même genre d’exercices moins longtemps; d’autre part, en laissant du temps s’écouler avant de le répéter, on force l’élève à réfléchir à nouveau au problème, ce qui aide la mémorisation. 

Pratiquer les bases partout

Il faut énormément de répétition pour qu’une tâche devienne automatique et il n’est pas réaliste d’attendre d’avoir atteint ce niveau de maîtrise avant de passer à autre chose. Cependant, on peut prévoir des activités cherchant à développer des compétences plus avancées qui pratiquent aussi les bases. 

Le prochain article portera sur les deux questions suivantes : « comment amener les élèves à penser comme des experts? » et « comment adapter son enseignement aux différents types d’apprenants? ». ■

 Willingham, Daniel T. 2010. Pourquoi les enfants n’aiment pas l’école!, trad. Marie Antilogus, Paris : La librairie des Écoles, 213 pages.

J’ai utilisé la version originale anglaise pour rédiger ces articles, mais la version française est disponible à la bibliothèque du cégep.

Voir aussi dans le série «Les sciences cognitives en classe»

Comment les humains apprennent-ils ? | Comprendre et mettre en pratique | Poser les bonnes questions | Pratiquer notre compétence à enseigner

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