Parce qu’on est en 2017

par JOELLE MATHIEU |

Plusieurs personnes réalisent que la mondialisation n’a pas rempli ses promesses et que l’économie mondiale crée plus de pauvreté que de richesse.  Le fameux « rêve américain » est de plus en plus inaccessible.  Les immigrants, les baby-boomers, les femmes servent souvent de boucs émissaires… On appelle ce phénomène « Le processus de déplacement ». Il consiste à chercher un autre responsable que soi-même pour ses propres malheurs. Le monde est en crise…

L’année 2016 fut qualifiée par plusieurs de « montagnes russes » pour la cause des femmes. La nouvelle année commence avec son lot d’inquiétudes et d’espoirs. Simone de Beauvoir disait ceci : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

En 2017, la conscientisation doit se poursuivre auprès des jeunes filles qui croient que le féminisme est de l’histoire ancienne et que l’équité est une réalité. La dernière génération est venue au monde dans une société dite « égalitaire et équitable ». Les jeunes filles ont profité des acquis des luttes féministes du passé et plusieurs se considèrent égales aux garçons. C’est une bonne chose, puisque cela signifie qu’elles ont intégré le principe. Par contre, cela peut aussi être insidieux si elles ne se tiennent pas sur leurs gardes et si elles considèrent comme acquis leurs droits. 

Souhaitons que les femmes se rassemblent, qu’elles soient solidaires des autres femmes. Elles sont souvent en compétition entre elles et elles s’isolent, ce qui n’aide pas leur cause. Pascale Navarro mentionnait, lors d’une conférence en 2016, qu’une partie de la socialisation des petites filles, qu’on pourrait illustrer par la phrase « Je suis plus belle que toi! », fait en sorte que, plus tard, les femmes se critiquent entre elles, que ce soit par rapport à l’apparence, au rôle de mère ou aux promotions au travail. Le système patriarcal, qui est à la base de cette socialisation, désolidarise les femmes et, ainsi, elles ne se regroupent pas, donc elles ne font pas peur…  Les femmes de tous les horizons doivent absolument s’allier! 

Souhaitons que les femmes continuent à dénoncer les agressions sexuelles et qu’une réflexion soit amorcée sur l’efficacité du système de justice dans le traitement de ces cas. Actuellement, certains juges font surtout en sorte de culpabiliser les femmes qui ont le courage de se rendre au tribunal, ce qui ne les incite pas à dénoncer leur agresseur. Une femme sur trois subira au moins une agression sexuelle au cours de sa  vie*, et les jeunes femmes sont plus à risque (RQCALACS, 2016). Des événements liés à des violences à caractère sexuel sont survenus dans des établissements d’enseignement supérieur depuis la rentrée scolaire 2016-2017. La ministre responsable de l’Enseignement supérieur, Mme Hélène David, est actuellement en consultation auprès des cégeps et des associations étudiantes. Elle a annoncé son intention d’appuyer les établissements afin que le Québec devienne un chef de file en matière de prévention et de sensibilisation, de sécurité des personnes et de gestion des plaintes liées à des violences à caractère sexuel (Gouvernement du Québec, 2017). Ces journées de réflexion mèneront probablement à une révision de notre politique en matière de harcèlement et de violence au cégep de Drummondville, dont la dernière modification date de 2006. En tant que représentante du CCF, j’ai l’intention de travailler sur ce dossier cette année.

Souhaitons également que les hommes se rallient. Dans la quête de l’égalité de droits et de l’équité, les femmes ont besoin des hommes. Cette quête ne peut se faire que plus rapidement avec leur appui. Pour faire bouger les choses, certains mouvements sociaux utilisent des méthodes ou des formules radicales et parfois généralisatrices.  Il est important de se rappeler que le féminisme lutte contre un système et non contre des individus de sexe masculin en particulier. Certains hommes prennent les revendications des femmes comme des attaques personnelles. La majorité des féministes sont conscientes que plusieurs hommes sont égalitaires, progressistes ou proféministes.  Le défi reste à expliquer aux autres de quelles façons l’équité rend aussi les hommes gagnants dans cette démarche.  Pour ce faire, les femmes doivent inclure les hommes dans les discussions, et non les exclure. 

Finalement, le respect de l’autre doit s’incarner dans des actions quotidiennes. S’abstenir de commentaires sexistes, s’assurer du consentement de son partenaire tout au long d’une relation sexuelle ou reconnaître que prendre soin des autres (conjoints, enfants, personnes âgées, malades) n’est pas réservé qu’aux personnes de sexe féminin. La lutte pour l’égalité entre les sexes passe par l’éducation des enfants afin d’empêcher que les conditionnements culturels sexistes perdurent et que les filles subissent une discrimination systémique (CCF, 2016). En tant qu’enseignants, nous pouvons avoir une certaine influence à cet effet. 

Au Comité de la condition féminine (CCF), plusieurs activités et projets sont prévus cet hiver. Deux réseaux (CSQ) de la condition des femmes se tiendront à Drummondville (l’un en février, l’autre en avril). Localement, dans le cadre de la Journée internationale des femmes, vous serez conviés à une activité portant sur les rapports sociaux de sexe. Celle-ci aura lieu le mardi 28 février à 12 h. J’ai aussi le projet d’élargir le comité. Si la condition féminine vous intéresse et que vous aimeriez participer, une ou deux fois par session, à des dîners pour discuter de sujets d’actualité concernant les femmes ou tout simplement pour prendre connaissance des informations transmises lors des réseaux auxquels j’assiste,  je vous invite à communiquer avec moi.  Nous verrons ce qu’il est possible de faire localement pour améliorer la qualité de vie des femmes au cégep.

Ayons l’espoir que notre société devienne un modèle en matière d’égalité et d’équité. Travaillons ensemble en 2017 pour tendre vers cet objectif. ■

* ERRATUM : une malencontreuse erreur s’est glissée dans la dernière édition papier de Panorama21, dans l’article de Joëlle intitulé Parce qu’on est en 2017 (p. 5). Au lieu de  lire « Une femme sur trois subira plus d’une agression sexuelle au cours de sa  vie », il aurait fallu lire « Une femme sur trois subira au moins une agression sexuelle au cours de sa  vie ». Toutes nos excuses à Joëlle.