Les femmes et la parité

par JOELLE MATHIEU |

Je suis féministe et je m’assume en tant que telle depuis plusieurs années. Malheureusement, plusieurs femmes hésitent encore à s’affirmer « féministes » à cause de la connotation péjorative qui a été attribuée à cette étiquette depuis longtemps. Qu’est-ce que le féminisme? 

Ouvrons le Robert : « FÉMINISME [feminism] n.m. — 1837 ; du latin femina — Attitude de ceux et celles qui souhaitent que les droits des femmes soient les mêmes que ceux des hommes. » 

Quelle partie de cette définition met certaines personnes mal à l’aise? Notre ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, se disait non féministe lors de sa nomination à ce poste en février dernier. Les membres du Comité de la condition féminine (CCF) de la FEC avaient alors décidé de lui envoyer un livre féministe chaque mois pour faire son éducation.  En novembre, je lui ai envoyé le livre de Pascale Navarro, une journaliste et chroniqueuse qui a lancé un cri de ralliement pour faire augmenter le nombre de femmes en politique et dans d’autres postes décisionnels. 

Dans Le Devoir du 7 novembre dernier, un article de Jean-François Nadeau, intitulé « Femmes de pouvoir, d’hier à aujourd’hui », relate le fait que les femmes sont peu nombreuses aux commandes des affaires de leur État. Il y aurait seulement 7 % de femmes au sommet des appareils d’État dans le monde, considérant les 193 pays reconnus par l’ONU. Comment se fait-il que ce nombre soit si peu élevé alors que les femmes représentent la moitié de l’humanité?

L’élection américaine et les femmes

L’élection américaine qui a eu lieu récemment n’a laissé personne indifférent. Certaines personnes espéraient qu’Hillary Clinton soit élue première présidente des États-Unis le 8 novembre 2016. Elles avaient espoir que le fameux « plafond de verre » vole en éclats. 

Nous pouvons convenir qu’Hillary Clinton, malgré le fait qu’elle ait été hautement qualifiée pour ce poste, représentait des élites dont la population américaine ne voulait plus à sa direction. La population a voté pour un changement, et le système électoral des grands électeurs pour chaque état s’est occupé du reste. Il y a donc plusieurs facteurs faisant en sorte qu’il n’y aura pas de femme présidente des États-Unis pour les prochaines années. Se pourrait-il que, durant cette campagne présidentielle, Madame Clinton ait été jugée plus durement parce qu’elle est une femme? Certains diront que cela n’a aucunement penché dans la balance. D’autres, dont l’analyste politique John Parisella, ont soulevé le point que la population américaine aurait probablement pardonné plus facilement à un candidat masculin les fautes ou les défauts reprochés à Madame Clinton. Un double-standard est vécu par plusieurs femmes en politique, un milieu majoritairement masculin.

Quelle mauvaise surprise de constater que le nouveau président sera plutôt Donald J. Trump, un milliardaire qui a insulté les femmes et les minorités ethniques tout au long de sa campagne! Monsieur Trump a fait de nombreuses déclarations de mauvais goût concernant les femmes. En voici quelques-unes : « Les attraper par la chatte », « Il doit y avoir des formes de punition pour les femmes qui avortent » ou « Les traiter comme de la merde » (Figaro, 9 novembre 2016). Cette personne, qui vient de s’entourer d’une équipe ultra-conservatrice, occupera en janvier un poste influent au niveau mondial. Cette situation est très inquiétante pour les droits des femmes…

Le plafond de verre

Au Québec et ailleurs, il y a des difficultés systémiques qui empêchent les femmes d’atteindre des postes décisionnels de haut niveau en politique ou en entreprise. Il ne s’agit pas seulement de « Quand on veut, on peut! ». Le fait que les femmes soient encore majoritairement responsables des enfants et des aînés, ce qui occupe une bonne partie de leur temps, ou tout simplement qu’on ne leur propose pas des postes de direction parce qu’on « ne les voit pas » traditionnellement dans ces postes sont certains des éléments qui forment le plafond de verre. Les femmes sont donc minoritaires dans les instances où les décisions se prennent.  Actuellement, à l’Assemblée nationale, il y a 27,2 % des députés qui sont des femmes, et seulement 8 femmes sont ministres dans un cabinet de 26 ministres au total (Assemblée nationale, 2016). On pourrait aussi se questionner sur l’importance des ministères attribués à ces femmes, alors que les plus gros ministères, c’est-à-dire 90 % du budget de l’État, sont gérés par des hommes. Quel est l’impact de cette sous-représentation numérique et d’influence?

La parité

 La parité est un nombre à peu près égal de femmes et d’hommes élus dans les parlements. « De nombreuses études et recherches ont démontré que, dans une assemblée, 40 % d’un groupe parvient à exercer une influence sur les décisions » (Navarro, 2015). C’est cette parité qui est souhaitable, une transposition sur la scène politique de l’égalité femmes-hommes. La réalité des femmes (pauvreté, santé, soins aux aînés) est souvent négligée dans les décisions gouvernementales parce qu’elles sont sous-représentées. Les récentes politiques d’austérité ont d’ailleurs gravement touché les femmes. Parfois, certains de leurs droits spécifiques comme l’avortement sont même remis en question selon les gouvernements en place. La parité numérique et d’influence au niveau politique pourrait donc faire en sorte que les femmes soient moins discriminées et mieux incluses dans notre société. 

Il est possible de changer les perceptions et de faire avancer l’égalité. Le 26 octobre dernier, à Québec, la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault,  a lancé un « Je suis féministe! » lors d’un discours pendant une manifestation dénonçant les agressions sexuelles.  Nos livres y seraient-ils pour quelque chose? ■